L'ardente specchio di grazia
Per le opere del Le Moyne non abbiamo la possibilità di confrontare più manoscritti o edizioni curate dall'autore. Tutto si riduce alle edizioni parigine del 1520, sulle quali non è possibile esercitare la recensio ma solo l'emendatio.
Come molti dei libri coevi stampati in Francia, il testo è composto in caratteri gotici, nella variante chiamata littre bâtarde, senza apostrofi, accenti e cediglie, con abbreviazioni e con pochi segni di punteggiatura1. La maiuscola è usata di solito per la prima lettera di un paragrafo, di un verso o di un titoletto; inoltre, ma senza coerenza, per nomi propri o per marcare l'inizio di una frase all'interno di un periodo. Le pagine non sono numerate, a parte la presenza delle segnature2.
Nella trascrizione ho aggiunto la numerazione delle pagine tra parentesi quadre, partendo dal frontespizio, da [1] a [96];
ho anche numerato nel margine le righe della trascrizione; ho omesso le segnature3.
Ho rispettato scrupolosamente il testo stampato. Ma per facilitare la
lettura ho sciolto le abbreviazioni; aggiunto gli apostrofi;
distinto u da v, e i da j; aggiunto l'accento sulle e finali toniche: é, és,
ée, ées, éz, éez, près, après ecc.; aggiunto l'accento grave secondo l'uso moderno su à,
là, où ecc.; aggiunto la cediglia secondo l'uso moderno. La punteggiatura e le maiuscole sono state adattate all'uso moderno.
Ho rispettato il testo anche quando presenta incoerenze ortografiche, o deformazioni nei nomi di persona e di luogo. In questi casi è difficile stabilire quanto risalga all'autore e quanto allo stampatore, che peraltro si è reso colpevole di evidenti refusi. Nei casi in cui ho ritenuto necessario emendare, ho riportato nel testo la mia congettura in corsivo e nel margine la lezione originale della stampa.
Questo è un lavoro in corso. Il testo è già stato in parte controllato, ma va ricontrollato ancora per togliere errori di trascrizione e soprattutto per aggiustare la punteggiatura e le maiuscole.
Questa è la versione 0.4 del 23 settembre 2005.
Luigi Bardelli
L'ARDANT MIROIR DE GRACE
composé par le Riche de Povreté
nouvellement imprimé à Paris.
(Du grant aux petis)
(Gillet Couteau)
Cum privilegio regis.
Ilz se vendent chez Gilles Couteau, demourant en la rue des Petis-Champs près Sainct-Julien.
[2] Au prevost de Paris ou son lieutenant.
Supplie humblement nostre bien aymé le Moyne sans Froc,
contenant qu'il s'est appliqué a dicter et composer ung
livre tant en rime que en prose intitulé: L'ardant miroir
de grace, auquel livre il a vacqué par long temps et le feroit
vol[un]tiers imprimer pour estre leu et ouy à [ceulx à
qui] il plaira le lire et ouyr; toutesfois p[arce qu'il a em]ployé partie
de son temps à iceluy dicte[r et composer, com]me dit est, et qu'il
convient faire de grans [fraiz pour] faire imprimer ledit livre; veue
la supplicati[on] nous humblement requerans sur ce luy pourveoir
et impartir nostre grace; pourquoy nous, ces choses considerées, inclinans
à la supplication et requeste dudit suppliant, vous mandons
et commettons par ces presentes que vous faictes, souffrez et laissez
ledit suppliant, et celluy qui aura chargé de luy, jouyr et user plainement
et paisiblement jusques au temps et terme de quatre ans,
en faisant ou faisant faire inhibicion et deffence de par nous à tous
libraires et imprimeurs de nostredicte ville de Paris et autres villes
de nostre royaulme, pendant ledit temps de quatre ans ilz n'ayent
à imprimer ledit livre sur certaines et grans peines à nous à applicquer
et de confiscation dudit livre. Donné à Paris le troisiesme jour
d'aoust mil cinq cens et XIX et de nostre regne le cinquiesme. Par
le Roy à vostre relation. R. Guiot.
[3] L'acteur en son exorde.
Après que Nature m'eut expulsé des umbres où elle m'avoit
tenu comme prisonnier par une espace de temps et qu'elle
m'eut presenté à la lumiere du monde, Tristesse prist la
charge de ma fragille sensualité que me donna pour mon
passetemps habondance de douleurs, pleurs, crys et lamentations;
avec lesquelz temporisé par intervalles de saisons sur le rivage du
fleuve de misere au puant climat de l'eaue de craintifs regardz, tousjours
tendant au pas de jeunesse pour parvenir à la congnoissance
du monde... Auquel pas par succession de temps arrivay avec ma
compaigne soucieuse4 pour passer par là et aller où le cueur tendit et
jusques au pont de mescongnoissance, mal pilloté, mal fondé, perilleux
et tresdangereux. Touteffois que par force fuz contrainct de
passer dessus, tremblant, croslant et en extreme crainte de tomber
en ce miserable fleuve. Neantmoins que à l'aide de Folle Hardiesse
je passay, et au bout d'icelluy perdis ma do[4]loureuse compaignie
et là trouvay Aage Moyen, assez sçavant, saige et honneste personnaige,
bien parant estre homme de bon vouloir, qui me compaigna
par aucuns perilleux passaiges du monde, ausquelz allans comme
gens esgaréz, arrivasmes en ung val frigoreux et improuveu de toute
fertilité, où trouvasmes Raison assez mal accompaignée, à laquelle
fismes bien peu d'honneur et congnoissance. Puis tirasmes oultre
près du chastel de Peril Mondain où avoit une grande et horrible
confusion de diverses voix, et estoit au près des lisieres des desers
de vieillesse. Là ne croissoit arbres, herbes, feuilles ne fleurs, ains
estoit la terre areneuse, seiche, aride, pierreuse et infertilles, et sans
quelconque fruict du monde porter, dont merveilleusement et de ma
part fuz troublé et esbahy. Et soubdainement retournasmes assez
loignet acosté en ung camp verdoyant et delicieux, plain d'arbres
et herbes portans fruictz et fleurs odorans à merveilles. Et là avoit
habondance de petis oyseaulx, eulx degoisans de leurs silvestres
chantz en ar[5]monieuse melodie. Là transmistes dame Fortune
triumphant en siege imperial, belle et honneste de sa personne, et
magnifiquement aornée d'abis et aultres acoustremens, tenant court
et maison royalle à tous venans, acompaignée de papes, cardinaulx,
patriarches, evesques, abbéz et autres gens d'Eglise, avec empereurs,
roys, ducz, contes, marquis, barons, chevaliers, nobles, gentilz,
bourgeois, marchans, laboureurs, gens de jeune, vieil, moyen et
decrepit aage, emperieres, roynes, dames, damoiselles, bourgeoises,
femmes, filles, pucelles, vierges et de toutes condicions et estatz.
Et à costé dextre d'icelle estoient presidens, conseilliers, advocatz,
procureurs, solliciteurs, juges, bailliz, prevostz, generaulx, tresoriers,
seigneurs des comptes, grenetiers, conteroleurs, receveurs,
sergens, bedeaulx et tous autres officiers; et auprès d'eulx ung
tas de gens desguiséz, desquelz les noms sont estranges, c'estassavoir
Doulx Fiel, Joyeux Malheur, Chef de Tous Maulx, Sentier d'Iniquité,
Oubly de Foy, Repos d'Ennuy, Bien Angoisseux, [6]Lieu sans Securité, Exil Mondain et plusieurs autres de semblable
estat et condicion; avecques eulx pipeurs, trompeurs, larrons, meurtriers,
guetteurs de chemins, seducteurs, baveurs, detracteurs, tous
vestus d'abis d'innocence. Et à costé senestre estoient Plaisant Sollicitude,
Triste Prosperité, Perte de Sens, Estude de Barat, Peine Tresennuyeuse,
Riche Necessité, Fainte Courtoisie et Piteuse Perdicion d'Ame et de Corps,
avecques d'autres sinistres et pernicieuses
nymphes toutes precedentes les haulx et bas estatz à cause
de leurs triumphe triumphant sur les autres dames. Et ce voyant me
vouluz ingerer de presenter requeste à moyen qui là estoit maistre
et seigneur des requestes d'icelle dame pour avoir place et parvenir
à quelque office affin de converser plus à mon aise aux plaisirs
delicieux du monde, car brief c'estoit une merveilleuse felicité à
voir que de ceste royalle court. Neantmoins Aage Moyen, que bien
congnossoit le train, m'en tira hors et me garda d'y pourchasser
mon adventure. Et nous en allasmes oul[7]tre passant le temps lorée
du boys de meditation, où par cas fortuit trouvasmes deux vielz
paillars pirrates et escumeurs de mer, barbus et chanus, courbes
et rompus et d'assez maulvaise taille, perilleux à hanter, horribles
à regarder et dangereux à ouyr parler, et s'appelloient Temps et
Aage, qui soudainement, quant ilz m'eurent aperceu, sans demander
ne dire aucune raison pourquoy, me ravirent de la compaignie
d'Aage Moyen et par Force et Deception, deux faulces maulvaises
vieilles estans avecques eulx, ausquelles jamais n'avois ne mesdit ne
meffait, me mirent en ung esquif composé de tramble, de charme
et de fou, basty de doloreuses pensées joinctes de clou d'envyeulx
remors et là sur le poir de regret fus mis en la mer de rigoreuse
inimitié, exillé du plaisir mondain à la mercy des ventz d'envye
et susurration, à tant que me trouvay flotant sur les5 undes impetueuses
de desordonné desir, quasi submergé des pleurs tombans
des nues de regretz, allant puis sa puis là [8] au peril et danger du
gouffre de desespoir, près du destroit de confusion, jouxte le roc
de desconfort. Auquel lieu estant tout perturbé de mes esperitz et
comme transporté, vis une nef flotant en mer, en laquelle estoit
Audacieux Vouloir, qui autreffois m'avoit congneu et quelque peu
conversé, lequel m'envoya Espoir qui me recongneut, combien que
fusse tout maculé du taint de confusible melencolie, et sans me
dire mot s'en retourna, mais puis après à chef de piece m'aporta
de la part de son maistre une carte, dont la suscription et teneur
s'ensuyvent.
Audacieux Vouloir à l'acteur.
La suscription.
Audaces fortuna iuvat, tumidosque repellit
La teneur.
Sepulchre a vers presque cadaveré
En qui malheur a tant perseveré
Cachant tes griefz qui trop sentent l'esvent
Si sort a mis les tiens secretz au vent
Et exillé ta povre nonsçavance
Sçays tu pas bien comment fortune avance
Gens courageux qui vont à l'avanture
[9] Querans le fort de sa bonne nature
Par mon moyen et que à le faire court
Elle te peult bien avancer en court
Et autres lieux et te oster de l'exil
Ouquel tu es en dangereux peril
Quant tu vouldras sagement mediter
Et par escript quelque oeuvre me dicter
Que gecteras à l'honneur de noblesse
Ou ne verras qu'aucun peril te blesse
Articulant le salut des humaines
Ainsi que à droit tes oeuvres tu demaines
Quant tu vouldras fortune requerir
Car elle fait aux hardis acquerir
Honneur, grace, los, puissance et avoir
Ce que ne peuent les gens craintifz avoir
Qui ne veullent à leur los et valeur
Par audace riens impartir du leur
Pourtant escrips tant que ta plume enseigne
Fame qui porte au bien louez enseigne
Et si le temps qui consomme les choses
Veult anuller les textes et les gloses
Je feray tant qu'en noble mantion
S'en escrira durable mention
Te advertissant que à la haulte excellence
[10] Des grans dames d'honneur et precellence
Presenteray quoy qu'il soit difficil
Ce que feras durant le tien exil
Dont tu pourras avoir autre party
Ains que le pain soit à tous departy
Et si mieulx n'as en ce mondain empire
Je ne croy pas que ton bien en empire
Entendz à moy, car je suis le vouloir
Qui faiz chetifz par leurs vertus valloir.
Et affin que tu puisses estre rappellé de ton exil, pour le plus expedient,
consideré que tu es homme d'art et d'esperit, je te conseille
bien et prudemment d'estramper ta meulle et esmouloir tes ostilz,
puis tailler quelque oeuvre plaisant à recreacion et salut des
dames, duquel pourras faire present à ma dame qui tient sa residence
au sejour de vertus, avec laquelle a trois princes de assez
bon aage, gens de bonne condicion, promptz et prestz à secourir
toute povre creature qui s'adresse à eulx, desquelz l'ung se nomme
Recueil des Povres Vertueux, l'autre Salut des Esperans et l'autre
Reconfort des Desoléz. [11] Et avecques eulx sont Haultesse, Noblesse,
Magnificence, Pitié, Begnivolence et Charitable Volunté que
pourras advertir de ta doleance pour estre tes moyens. Car icelle
dame a inextimable vouloir, grant povoir et excellent sçavoir et benignement
preste l'oeil et l'oye à ses humbles requerans. Parquoy
pourras acquerir sa grace et parvenir à port de salut et avoir ce que
plus as desiré. Amy, Dieu soit avec toy.
L'acteur.
Veu et leu sa doulce et gracieuse rescription, fuz de rechief piteusement
transporté de l'esperit, ymaginant comment ne par quel
moyen je pourrois faire chose agreable aux dames pour me oster
hors de ce peril, attendu l'imbecilité de mon engin, l'inutilité de
mon art, la diversité de mes pensées, la deception de mon entente,
la separacion de ma felicité et l'ennuy importable de mon malheureux
exil. Neantmoins prestant l'oeil par vision spirituelle à la
comprehension des choses temporelles,6 pensant au grant plaisir qui
se peult au jourd'huy faire aux [12] dames, et que leur delict et
felicité est principallement en beaux et honnestes abis, j'ay pris
mes povres forces roillées et mal trenchans et sans les esmouloir
hardiment les ay mises et traversées en draps d'or et de soye pour
leur tailler abis de vertus à les preserver des noirs et vicieux froitz,
voyant les divers yvers qui subsecutivement en rigoreuse rigueur attendent
au jourd'huy leurs delicates personnes. Et congnoissant que
de necessité fault garder et couvrir leur humanité et aussi que les
abis sont plus prés de l'oeil et vouloir par frequentation de regards,
affin d'avoir memoire de moy et estre mes advocates à postuler ma
grace et rappel de mon exil, j'ay pris acointance à Hardiesse, femme
de hault vouloir, et me suis ingeré par l'advertissement d'elle d'employer
forces fillez et esguilles à tailler et couldre telz abis, touteffois
soubz la correction des maistres et maistresses plus expers en l'art,
et qui mieulx congnoissent la preservation des accidens frigoreux.
Et en [13] taillant et baptisant mon oeuvre ay eu une vision d'ung
homme de grant estoffe qui avoit trois dames avecques luy, c'estassavoir
Foy, Force et Loy, femmes de grant et excellent estat. Et à ung
feu d'ardant desir plain de charbon d'esperance mettoient en ung
creusot de sapience en la fonte de coustance, or, argent et acier, desquelz
trois metaulx faisoient une grant et à merveilles belle lune où
l'on se peult veoir devant, derriere et de tous costéz, et l'appelloient
miroir ardant de grace, duquel speculativement j'ay retiré la façon
pour en faire present aux dames, car par icelluy pourront clerement
congnoistre les taches de leurs viaires et abis. Et après, tournant
la face, ay apperceu Salutaire Introduction, Honneste Conversation
et Perseverance de bien vivre qui toutes trois à marteaux de fer,
aceréz de propos immuable, sur l'enclume de Fidelité marteloient
et forgeoient à grans coups toutes pieces de harnois propres et utilles
à armer dames pour resister aux assaulx et alarmes de leurs [14]
vicieux ennemys, et au pollissoir de Confession les faisoient clercz
et netz comme bel argent, et ce voyant trouve secretement moyen
d'en avoir les principalles pieces pour livrer ausdictes dames par
l'advertissement de Vouloir Audacieux.
Cy adresse l'acteur son parler à ma dame.
Par lequel, ma treshonnorée, doubtée et zellée dame, me suis
ingeré vous faire ce petit present, congnoissant que vous estes la dame
des vertueuses dames, la dame des genereuses dames, la mere des
belles et bonnes filles d'honneur, et la perle entre les autres, qui
plus povez à la grace de mon exil et qui mieulx sçaurez par correction
supporter l'ignorance de l'ouvrier, l'incapacité de mon sens et
la diversité des mestiers où la comprehencion de mon lourd engin
n'a peu bonnement estandre et eslargir ses rethz pour y prendre
par art le lievre courant, au moyen duquel plus raisounablement
deusse obtenir ma requeste. Neantmoins, ma trescrainte dame, je
vous supplye treshumblement que de vostre oeil piteux et misericor[15]dieux
vous plaise me donner ung spirituel regard, et par
icelluy m'oster hors de mon perilleux exil, priant à Monseigneur que
de sa grace il me ait pour recommandé envers l'ung de ses subgectz
et serviteurs, et par plus forte obligacion seray tenu prier Dieu pour
la prosperité et santé des tresnobles, grans et excellentes personnes
de luy, de vous et de vostre genereuse ligne, en luy supplyant vous
donner sa benedicte amour et paradis à la fin. Amen.
Rondel adressé à ma dame en forme de requeste.
L'acteur.
Deux petis motz y suffira
Car ilz portent plus d'efficace
Que mille pour avoir la grace
De celuy qui la m'octroya
Je croy de vray qu'il luy fera
Quant vous luy direz face à face
Deux petis motz.
Toutesfois ce qu'il luy plaira
Faire commander que je face
Le feray, mais pour autre place
[16] Parlez ma dame il vous orra
Deux petis motz.
L'acteur à son amy Audacieux Vouloir.
À toy, seigneur Audacieux Vouloir,
Non presumant aucunement valoir
À mettre plume et povres mains en oeuvre
J'ay lourdement par acte qui desqueuvre
Le sens tresgros, et le fait trespetit
Pour satiffaire à l'ardant appetit
Que j'ay congneu par ton art meritoire
Pris le cornet de mon lourd escriptoire
Et d'icelluy puysant noire liqueur
Ay destrempé le papier de mon cueur
Sans y faire villaine oppression
Mais amoureuse et doulce impression
Affin que à tant fust l'honneur imprimé
En icelluy sans estre reprimé
De mes cinq sens qui tousjours ont tenu
Party loyal au lieu dont suis venu
Et dont jadis par oeuvre de nature
Au monde vins après ma geniture
[17] Sachant de vray que ton plaisir est tel
Repudier tout homme humain mortel
Qui à l'honneur des bonnes dames touche
Dont on ne doit contaminer sa bouche
Car il n'y a macule à reparer
À ceste cause ay voulu preparer
Plume, papier, ancre et mes povres dois
Pour declarer en mon rural lourdois
Ce qui ne doit estre mis en oubly
Du feminin qui fut tant annobly
Quant Dieu voulut d'une pucelle naistre
Pour nous donner clerement à congnoistre
Que son fait fut si tresprestancieulx
Que les humains et les anges des cieulx
Doivent louenge au genre dont je parle
Plus net beaucoup et trop plus que la perle
Consideré que sa divinité
Fist en femme joindre à l'humanité
Quant fist sa mere en sa fille creé
Dont fut nature humaine recreé
À quoy le filz de Dieu par nature elle
Vierge porta de art supernaturelle
D'icelluy filz de sa fille conceu
Dont l'ennemy des humains fut deceu
[18] Ce fut amour que le vray filz de Dieu
Pour nous saulver eut quant il prist son lieu
Dedans le corps precieux de la vierge
Qui par neuf moys fut sa garde et concierge
Comme dame de toutes autres dames
À ce moyen il ayma bien les femmes
Il est certain, et assez apparut
À Magdaleine en tant qu'il s'apparut
À celle après sa digne passion
Dont l'evangille en a fait mention
Mesmes durant sa plus que saincte vie
Sa saincteté ne fut onc assouvye
De bien aymer la secte feminine
Tant la sçavoit gracieuse et benigne
Et leur estoit la grace terminée
Comme l'on peult veoir de la cananée
Que l'evangile en dit en son recit
Quant luy dist: Fides te salvam fecit
D'autres aussi dont je ne pourrois dire
Chose qui peust leur honneur interdire
Car quant je voy les actes des sibilles
Qui furent tant subtilles et habilles
Par sa grace que eurent la congnoissance
De sa venue et bienheurée naissance
[19] Et de sa vie et passion tressaincte
Mille ans avant que Marie fust enceinte
Ainsi que dit le Lombart il me pare
Que ma plumete à bon droict je prepare
Pour escrire comme je suis tenu
Car Jesus a ce genre soustenu
Et tant aymé que par les siens decretz
Leur a monstré ses bienheuréz secretz
Dont ne peult aucun vice impugner
De l'escrire s'il le veult repugner
Contre raison, car il est tout notoire
Qu'aux dames est tout homme peremptoire
Parquoy concludz pour en chasser envye
Que ce pendant que nous sommes en vie
Ce que tel maistre au monde n'eut amer
Nous serviteurs le devons bien aymer.
Et après qu'ay veu les escriptz
Que gracieusement m'escriptz
Touchant de bastir pour les dames
Quelque oeuvre salutaire aux ames
Me semble veu le temps qui court
Et les abis qui sont en court
Dont mal se sçavent acoustrer
[20] Que bien seroit de leur monstrer
Ung autre estat pour plus durer
S'elles veulent bien endurer
Car je dis que pour acquerir
La gloire que doyvent querir
Pendant que à ces mondains effroiz
Vestent leurs corps pour paour des froidz
Qu'elles soient si astucieuses
Que par leurs oeuvres vertueuses
Saichent bien que à vestir leurs corps
Leur fault avoir les cueurs recordz
En ce monde entre les humains
D'avoir au parement les mains
Honnestes et en toute humblesse
À toucher l'estat de noblesse
Car qui bien cest estat calcule
Doit eviter toute macule
Qui peult les dames maculer
Et doit saigement calculer
La maniere de l'acoustrer
Et aux jeunes dames monstrer
Quant comment ny en quelle sorte
Affin que mal d'elle ne sorte
Et que tache par apparence
[21] Ne face aux abis separance
Du tainct et n'y puisse estacher
Tache qui les puisse tacher
Ainsi que tache d'huille ou gresse
Que plus on frote et plus engresse
Dont à paine fait on depart
Quant la tache a polu sa part
Sinon qu'on saiche medier
Oeuvre pour y remedier
Par laquelle on tire lordure
Qui souventesfois trop y dure.
Et pour oster la vilité
Qui soubz le tainct d'humilité
Peult faire tache trop infame
Je conseille que fille et femme
Gardent soigneusement le tainct
Tant que le corps ne soit attainct
Par folles dissolucions
De ces villes pollucions
Tachans non seullement l'abit
Mais le corps qui non durabit
Et si saigement se comportent
Que à la fin la couronne portent
[22] Du triumphe et palme d'honneur
Par cil qui aux dames donne heur.
Et pourtant, mon trescher amy,
Pas ne vouldrois estre endormy
À jeunes dames preparer
En vertus qui les doit parer
En cueur, en corps et en abis
Sans changer leur tainct blanc à bys
Et sans avoir pollucion
Si j'avois resolution
De sens naturel et acquis
Veu que je suis de toy requis
Pour mon seul singulier prouffit
Et congnoissant qu'il me suffist
À moy, n'à ma plume de faire
Une oeuvre de si grant affaire
Tu feras la correction
Dont je te faiz porrection
T'advisant quant elles se parent
Il fault que matin se preparent
Par ung sage preparement
À bien faire leur parement
Je te dis matin sans sejour
[23] À beau commencent du jour
Et se parer si humblement
Qu'on l'aperçoive noblement
D'une sorte où nul n'ait à l'oeil
Congnoissance de joye ou dueil
Et qu'aucun ne puisse imprimer
Chose qui face à reprimer
Car ainsi ne seront surprises
Sages dames et bien aprises
Quant humilité les duyra
Qui prudemment les conduyra
Et si est de necessité
Pour eviter l'adversité
Qui peult aux dames survenir
Avoir tousjours ce souvenir
Qu'en leurs abis n'ait une tache
Dont à les blasmer on s'estache
Car mieulx se voit tache en leur robe
Qu'en homme qui bien la desrobe
Parquoy fault que femme sçavant
Qui veult tousjours tirer avant
Pour acquerir grace divine
Qu'en sa simplesse feminine
Que devant qu'elle soit vestue
[24] Vertueusement s'esvertue
En craincte qu'on ne l'apperçoive
Et que peché ne la deçoive
D'avoir regars à sa simplesse
Que humilité le cueur sain plesse
Tant que quant vestira sa cotte
Que n'y seuffre une seulle crotte
Pource que par droit n'est permise
De la mettre sur la chemise
Plaine de blancheur pure et nette
Que doit porter la mignonnette
S'elle n'est premier descrottée
Et que la crotte en soit ostée
Autrement seroit impossible
Faire entendre à l'homme sensible
Tout le cas bien articulé
Que le corps n'en fust maculé
Car crotte de villain bourbier
Fait ung merveilleux destourbier
À l'honnesteté de la femme
Et luy fait ung honteux diffame
Quoy que de corps soit nette et gente
Se ou descrotter est negligente
Et si par admonnestement
[25] Veulent couvrir honnestement
La blancheur de leur innocence
Prennent du drap de congnoissance
Sans leur estat par trop haulcer
Puis après pour elles chausser
Ung estamet de diligence
Et souliers de perseverance
Bien ferméz de sollicitude
À boucles de mansuetude
Ainsi que humblesse les prepare
Qui jamais ne se desempare
De vertus qui tient en challeur
Nettement le pied de valleur
Et ce fait fault fournir le chief
Pour garder le corps de meschief
De quoquillettes si fidelles
Que personne ne dye fy d'elles
Avec ung touret de saigesse
Sur une coeffe de largesse
Bandée des laz de pureté
Tyssue des mains de chasteté
Et en silence si tacite
Que personne ne le recite
Se doyvent serrer à loisir
[26] Des esplingues d'ardant desir
J'entendz du desir qui vallut
Grandement à nostre salut
Ainsi se doivent abiller
Sans quaqueter ne babiller
Que le quaquet ne leur mefface
Et après fault laver leur face
D'eaue puisée jusques au fons
De la tresglorieuse fons
Que l'on appelle conscience
Circuite de pascience
Fuyans desir desordonné
Qui souvent est pour ordonné
S'ilz veullent que de corps et d'ames
Soient nommées maistresses et dames
Et que Dieu par misericorde
Sa saincte grace leur accorde
Tenans si gracieux maintien
Chaste regard, doulx entretien
Soubz ung prudent dissimuler
Qu'elles puissent par tout aller
Sans reprehension aucune
De fantasie ne de rancune
Protestans de mener vie saincte
[27] Doivent porter leur robe çaincte
D'une corde d'austerité
Qui par les mains de charité
Serrera le corps tellement
Que de pecher mortellement
Se garderont, car la çaincture
Est proprement de la nature
Pour porter en toutes saisons
Patenostres et oraisons
Où l'on peult pendre ung bel ymaige
Pour rendre à Dieu foy et hommaige
Chascun jour en grant reverence
Par amour et perseverance
Sans tenir termes arrogans
Et si veullent porter des gandz
À prendre recreacion
Ce sera recordacion
Pour entendre l'utilité
De bien vivre en humilité
Et sçavoir par signifiance
Qu'au monde n'a point de fiance
Et que la mort par ses appeaulx
Peult autant faire de leurs peaulx
Car toute creature vile
[28] Est à mort subgecte et servile.
Mais tu me pourrois demander
Pour mon preambule amander
Pourquoy ne t'ay dit autrement
De ce gentil acoustrement
Qui se doit mettre au matinet
C'est pource qu'au jeune corps net
Qui est par droict à personnaige
Au commencement de son aage
Vertus se doivent imprimer
Et vices du tout supprimer
Comme à la clere aube du jour
Où dame aurora prent sejour
Qui sans macule a cler prospere
Jusques à ce que Titan suppere
Son zodiaque radieux
Sans luy estre fastidieux
Quant par sa clarté lumineuse
Toute umbre luy est odieuse
Et l'embrasse d'une amour telle
Que à tousjours elle est immortelle
Parquoy puis dire que si l'ame
Il est le corps et elle l'ame
[29] Quant soubz son corps pur et prestant
Est aurora quel ayme tant
Ainsi doit la fille d'enfance
Prendre aurora pour sa deffence
Et soy tenir si nette et clere
Que Titan par sur elle esclere
C'est à dire que tousjours face
Qu'en elle peché ne mefface
Tant que Titan, le dieu des dieux,
Ne luy soit iracondieux,
Ains de s'amour tousjours l'obumbre
En son zodiaque sans umbre
Que l'on peult entendre sans tache
Qui le corps à pecher estache.
Et vela pourquoy tout esture
Je t'ay parlé de la vesture
Que doit prendre fille au lever
Sans son cueur par trop eslever
Et sans prendre plaisir en pompe
Que l'ennemy point ne la trompe
Mais simplement et par humblesse
Garde que peché ne la blesse
Lors ne sera l'homme tant fort
[30] Que par cautelle ou par effort
Ou par raisons tant alleguer
Qui la puisse en riens subjuguer
Et demourra vif en destresse
Si par vertus la voit maistresse
Ainsi viendra la fille ou femme
Purifiée de tout diffame
Evitant ce qui la poursuyt
Et regardant ce qui s'ensuyt.
Rondel.
La dame qui se veult lever
Au matinet, doit relever
Oraison par humbles recordz
Affin que le misericors
Garde le cueur de s'eslever
À la fin luy qui veult prouver
Ceulx que peché peuent reprouver
Appellera par crys et cors
La dame qui se.
Et lors fera eschever
Ce qui pourroit parachever
Ung grant tas de menus discors
[31] Qui sont entre l'ame et le corps
Et qui peuent souvent grever
La dame.
Par ce donc il fault que s'acoustre
De cueur begnin sans passer oultre
Les commandemens de raison
Avecques devote oraison
Qui continuelle sera
Avec elle, et ne cessera
Jour et nuyt en son cueur d'apprendre
À garder son corps de mesprendre
Et pour saigement le garder
Luy feras souvent regarder
Ce que je t'escriptz cy après
Qu'ay voulu mettre tout exprès
Qui luy sera fort salutaire
S'elle ne veult son salut taire
Car à dire la verité
S'elle veult en prosperité
Congnoistre quant elle aura tache
Il fault qu'en sa cellule estache
Le beau Miroir ardant de grace
Ouquel verra par efficace
[32] Par le verre cler de foy ferme
Ce qui l'amour de Dieu conferme
Qui est le regime de l'ame
Quant le corps en ce monde l'ame
Et si mes ditz de lune escoutes
Note bien que je parle à toutes.
Il fault, amy, qu'elle note premier
Que Dieu voulant les ames premier
L'ardant miroir luy mesmes composa
Et puis le mist et tout acoup posa
Entre les mains de foy, de force et loy
Qui toutes trois y mirent tel aloy
Pour le lustrer de leurs riches tresors
Qu'au pris de luy les autres sont tres ors
Foy l'or y mist, et loy l'argent après
Et force acier pour faire les aprestz
Qui sont metaulx, riches, purs, netz et fors
Clarifians la lune par effors
Telz qu'au mirer ne se trouve que ung blesse
Le vray aymant qui en soy n'a que humblesse
Combien que l'or est hault à qui le cueur
Est eslevé sur la clere liqueur
De la grant fons de devote oraison
[33] Qui noblement en prudence o raison
Tient chasteté, grave, pesant et pure
Dont verité par esperance espure
Toute abhorreur de macule à mirer
Parquoy ne doit la fillette admirer
L'excellence de ceste lune munde
Car sans doubter n'y a pareille au monde
Aussi l'argent par sa blancheur denote
Qu'en vierge n'a, ne doit avoir de note
Et par l'acier, metal dur, ferme et fort
Est demonstré que à tout villain effort
Le cueur qui est en la dame aceré
Ja ne sera de laideur maceré
Et tellement qu'en la decorée lune
Ne se verra de cinq cens filles l'une
Qui se vouldra droictement regarder
Que ne puisse son corps d'erreur garder
Ne possible seroit que jamais fist
Fille mirant riens que à Dieu ja meffist
Quant y vouldra de son seul taudis traire
Vertus pour vice en lieu et temps distraire
Par les graces et biens qu'elle verra
Au plus parfont ainsi que le verre a
De sa vertus aux biens mirans à faire
[34] Affin que n'ait en vivant affaire
Fors que de cueur honnorer et de gré
Dieu qui luy baille à la veue le degré
Et dont aura par sa provision
À la parfin seure et prou vision
De sa beaulté qui chassera lordure
Ainsi que l'or est net tant que l'or dure
Car cela peult trop mieulx lui valoir que offre
D'ung faulx amy serrant ses biens en coffre
Et tant y a que se à droit se regarde
Jamais n'aura si elle n'erre garde
Qu'aucun peché la macule ou defface
De cueur, de corps, de membres ne de face
N'en ses abis q'une tache apparoisse
Dont le peché se donnast à paresse
Car tant y a de grace de se veoer
Que le mirer ne la peult decevoir
Ains peult saner la playe à la mort telle
Que par ses faitz ne peult estre mortelle
Parquoy tu dois supplier de le pandre
Au clou d'honneur, lustrueux pour l'espandre
En sa splendeur que chascun puisse veoir
Comme de sens se peult au puys sçavoir
Pour en purger toute tache tachant
[35] Le cueur de fille à folle oeuvre taschant
Et s'elle fait par ce moyen t'asseure
Qu'elle sera sans esmoy entasseure
De vertus tant que de rente n'amas
Oncque en ta vie ung tel tresor n'amas
Ne je ne pense en ce dit ne aculer
Car son cler vis ne si peult maculer
Quant le mirer bien et à droict se maine
Par chascun jour de chascune sepmaine
Combien qu'elle plaisir y pourra prendre
S'elle le veult regarder pour aprendre
Mais tel plaisir chassera le delict
Qu'avoir pourroit par folle erreur delit
Et si plaisir elle y prent, ou envye
À tout jamais sera son corps en vie
Et ne verra l'heure qu'au monde meure
Tant que le Cryst prepare son demeure
Ce que te dis note bien, car par ce elle
Aura de Dieu suffisante par celle
Qu'elle pourra bien accepter à part
Quant de l'ame sera le corps appart
Qui sur les mons aux sainctz sieges divins
Des legions d'anges plus de dix vingtz
Verra louans la seulle et trine essence
[36] Si au mirer elle prent bon train et sans ce
N'orra les chantz melodieusement
Qui se y mire et mesle odieusement.
Parquoy je dis que le Dieu des humains
De ses deux mains
Le composa pour nostre saulvement
Pour bien mirer les dames soirs et mains
À tout le mains
Qui le croyront bien et devotement
Car noblement
Et haultement
La bien monstre à maintes et à maintz
Dont noz parens, aliéz et germains
Eussent souffert des tourmens inhumains
S'ilz n'eussent creu qu'il a fait sainctement7
Pour la cause nous devons tous pour voir
Croire haultement son immense puissance
Dont a voulu tout le monde pourvoir
Quant de neant la ça bas mis en essence
Considerans sa tresgrant sapience
Par sa grant loy qu'il nous a commandée
Et sainctement sa terminée sentence
En exaltant la divine aliance
[37] Comme firent les filles de judée.
Ce beau miroir est incomprehensible
Et bien possible
D'y congnoistre vielz pechiéz et recens
À l'ueil prudent vertueux et sensible
Mais l'insensible
Y pert propos par regardz indecens
Car ses cinq sens
En sont absens
Et à se veoir luy est chose impossible
Combien que à cler sa face y soit visible
Si est peché de son vis invisible
Et loing de grace a faulte de bon sens.
Pource filles à mirer vous recorde
Affin qu'ayez sa benediction
Considerans que sa misericorde
Fait anuller sa malediction8
Et en celle consideration
Voyez l'amour de sa divinité
Qui a voulu que sans corruption
Son cher enfant ait pris l'assumption
De nostre fresle et povre humanité.
[38] Mirez vous bien à droict, et vous voyez
Et revoyez
Affin qu'ayez de luy grace diffuse
En voz estatz jamais ne forvoyez
Ne desvoyez
Car à la fin trop grande triumphe use
Et Dieu refuse
Sa grace infuse
Aux maculéz en ordure avoyéz
Et sont de luy bien souvent renvoyéz
Jusques aux enfers des dyables convoyéz
En une peine horriblement confuse.
Qui se verra bien clerement je crois
Qu'en contemplant sa glorieuse vie
Sa passion, sa mort dollente en croix
Par les juifz et leur dampnable envye
Sa grace aura de s'amour assouvye
Communicant en ses sainctz sacremens
Car David dit que Dieu que ne devye
Par sa doulceur aura l'ame ravye
Pour la monter sur tous les elemens.
Pource gardez que peché ne mefface
[39] Ou qu'il n'efface
Vostre mirer par envye conspirer
Et requerez à la divine grace
Qu'elle vous face
Que ferme foy vous y vueille inspirer
Ains que aspirer
Ou respirer
Ne permettez que vice se y parface
Ou s'ainsi est je vueil qu'on me defface
Si au mirer vous voyez Dieu en face
Et en pourrez vostre honneur empirer
Dont sagement à mon dit veillerez
Pensant, sentant, croyant sa saincteté
Et doulcement vous esmerveillerez
Et le louerez pour sa grant charité
Recongnoissans qui est la verité
Et l'excellence de toutes les vertus
Et comme il a grandement merité
O les anges et leur societé
Vous chanterez: Sanctus, sanctus, sanctus.
Faictes ainsi comme je vous recite
Qui est licite
Et vous pourrez à tousjours prosperer
[40] Car se mirer souventesfois incite
Et solicite
Le felon cueur pour mieulx se temperer
Obtemperer
Et esperer
La divine grace de Dieu tacite
Le plus souvent admonneste et concite
Les bien mirans quant leurs vertus suscite
Dont ne se peuent jamais desesperer.
Par le premier Sanctus nous devons prendre
La saincteté de sa grant prelature
De laquelle vivant ne peult comprendre
Riens que n'excede aux oeuvres de nature
Par le seconde que à toute creature
Gardant sa loy ne se peult desnyer
De sa gloire par raison et droicture
Mais autrement croyez que à l'adventure
Il se mueroit pour ung petit denier.
Parquoy vous fault penser, songer, veiller
Et resveiller
Vos esperitz9 pour effacer voz coulpes
Et en mirant tous voz cueurs esveiller
[41] Et travailler
Tant que le feu ne se mette aux estouppes
Abis à houppes
Tresors en couppes
Fault delaisser et mes ditz oreiller
En s'eslevant le chief sur l'oreiller
Ou vous pourrez par trop esmerveiller
Et à la fin manger de tel pain souppes.
Le tiers Sanctus se doit bien imprimer
Dedans voz cueurs, car le legislateur
En a dit ce qu'on ne peult reprimer
Aussi fut Dieu nostre vray zelateur,
Imperateur, public reparateur,
En abhorrant le vil peché d'Adam
Comme froit, fort et grant debellateur
En grans tormens fut nostre redempteur
Et autrement fussions alléz à dam.
Ne dictes pas que de ma teste sourde
Procede ou sourde
Chose qui soit en ce fait de reprise
Si d'ung vieillart que la vieillesse eslourde
Science est lourde
[42] Comme jeunesse le dit que la mesprise
Car s'il la prise
Est bien apprise
On congnoistra que point je ne me bourde
Et qu'il ne fault tenir mon fait à bourde
Veu que à la dance où l'on flute et tabourde
Les mieulx dançans, laissent leur entreprise.
Et ne suffist, mais fault tourner les yeulx
Treshumblement en meditacion
À sa grant loy, affin que pour le mieulx
Vous vous mirez en exultacion
En retournant par lamentacion
À luy treshault et tressainct à recours
Par le record de sa grant passion
Et je suis seur que par compassion
Tresvoluntiers vous donnera secours.
Ainsi fault donc que sa loy vous tenez
Et maintenez
Et vous aurez tousjours prosperité
Et si mes ditz qui sont acertenéz
Vous soubtenez
Vous congnoistrez comme il est herité
[43] En verité
Sa charité
Sera pour vous si bien vous contenez
Mais s'autrement vous vous entretenez
Qu'en son amour notez et retenez
Qu'il paye ainsi que l'on a merité.
Et si mon dit vous voulez averer
Et obtenir envers luy audience
Treshumblement le vous fault reverer
Et honnorer par vraye obedience
À celle fin que vers sa sapience
Vostre parolle et vray signe s'applicque
En le louant de cueur, sens et science
Et s'ainsi est, prens sur ma conscience
Que vous tiendrez la reigle apostolicque.
Portans honneur autant au Filz qu'au Pere
Le cueur opere
En reverant le tressainct Esperit
Et toutesfois fault que l'effect appere
Et qu'il suppere
Le pensement que sans effect perit
Le pape rit
[44] Dot et perit
Et peult beaucoup faire dessoubz son spere
Mais si n'a il commere ny compere
Qui à la fin ses faultes ne compere
Car au dernier nos omnes reperit.
Ayez le cueur devot au tressainct Dieu
Interpellant souvent vostre oraison
Vous gousterez des doulx fruictz de son lieu
Dont on ne peult faire comparaison
Et quant verra la directe raison
Où n'y aura consentement ne sens
Qui vous macule en venime poison
Vous monterez là sus en sa maison
Comme une verge en fumée d'encens.
Las je vous pry si vous vient à plaisir
Prenez loisir
De vous mirer ainsi que vous escriptz
Et au mirer gardez bien de saisir
Ou de choisir
Riens qui ne soit en mes presens escriptz
Si je descrips
Plains, pleurs et crys
[45] Vous n'en aurez ja plustost desplaisir
Car je le fais par singulier desir
Qu'ay de vous veoir reposer et gesir
Là sus es cieulx où sont tous dueulz perscrips.
Vous le verrez si bien vous a donnéz
À eviter toute malignité
Voz cueurs seront parfaiz à Dieu donnez
Sans tache de pusilanimité
Et lesserez toute mondanité
Par dit, par faict de cueur net, pur et miste
Donnans louenge à la divinité,
Trois Dieux en ung et ung en Trinité
Ainsi faisans que nous dit le psalmiste.
Considerez se puis vostre naissance
Quant avez eu parfaicte congnoissance
Si vous avez ce qu'ay dit observé
Et s'ainsi est à la divine essence
Attribuez le merite, car sans ce
Vostre esperit n'eust esté conservé
Aussi ce fait doit estre reservé
Au Dieu puissant que en ceste mer cy
Vous a par grace estendu sa mercy
[46] Si pour ung coup il fault que je le dye
Ou maintesfois par sens ou maladie
Ou ignorance avez eu sa discorde
Tournez vers luy tant qu'il ne vous mauldie
Du penitant chantant en melodie
Comme à ces fleaux le cueur et corps s'accorde
Et à la fons de sa misericorde
Entendz bien s'unefois vous lavez
Que voz pechéz soigneusement lavez.
En pleurs et plaintz vous fault humilier
De cueur contrict, et reconcilier
Luy requerans pardon de vox meffaitz
Et humblement à luy vous ralier
Que le peché ne vous puisse lyer
Pesant fardel dont vous portez le faix
Puis des pechéz qu'avez commis et fais
De voz deux yeulx faire ung si grant torrant
Que le plourer soit au dyable abhorrant.
Car vostre cueur doit tout premierement
Avoir crainte du divin jugement
Et puis ardeur de desir eternel
[47] Affin qu'en craincte il reçoive humblement
L'amour de Dieu par grace noblement
Qu'il puisse avoir le lieu sempiternel
Ouquel verra le hault Dieu paternel
En son trosne, grant, cler et spacieux
En paradis tout au dessus des cieulx.
Les jugemens de Dieu fault redoubter
À tousjours, car ilz sont à doubter
Et la raison est assez vehemente
C'est qu'en voz cueurs ne vueillez riens bouter
Pourquoy puissez sa grace rebouter
Que l'ennemy voz ames ne tormente
Ou s'ainsi est affin que je ne mente
Peu vous vauldra l'ardant miroir de grace
Si vous perdez de le veoir en la face.
Pensez y bien, tant que par recompense
Incessamment vous facez penitence
Chantans tousjours avecques le prophete:
Las, sire Dieu, si par inadvertance
J'ay merité que ta fureur me tance
Et que mon ame en soit morte ou deffaicte,
Je te supply que grace luy soit faicte
[48] En ce faisant tu saulveras le cors
Car tu es doulx et tresmisericors.
Et en plorant pour la commission
De voz pechéz et pour l'amission
De sa grace vostre cueur martirez
Car vous n'aurez sans sa permission
Des faitz infaitz jamais remission
Ains à la fin vous vous en sentirez
Pource fault que vers luy vous retirez
Et humblement luy requerez par don
De vous donner de voz pechéz pardon.
Aussi fault il que recongnoissez bien
S'avez perdu par voz pechéz le bien
Qu'il vous a fait quant pour vous s'est offert
Jusques à la mort sans estimer combien
Luy qui estoit le vray genabien
Portant le fruict que pour vous a souffert
Et vous verrez que clerement appert
En ce miroir dont il a fait l'alloy
Si vous avez trop meprisé sa loy
Et s'ainsi est qu'ayez par negligence
Du tout laissé sa bonne intelligence
[49] Sa verité, sa bonté et majesté
Retournez vous à toute diligence
Affin qu'ayez de voz maulx allegence
Ou vostre corps en sera molesté
Mais si voyez comment avez esté
Trop loing de luy, et fuyez ceste trace
Vous acquerrez sa tresinfuse grace.
Non autrement, car à tort et travers
Il veult pugnir les felons et pervers
Contrarians à ses status celestes
Parquoy vous puis dire en mains de dix vers
Qu'on doit doubter ses jugemens divers
Plus dangereux que jugemens terrestes
Et qui soit vray voyez que si vous estes
Annuyt, demain plus ne serez peult estre
Et mieulx vous fust que vous fuissez à naistre.
Si par beaulté, par richesse ou amys
Ou par science avez vers luy commis
Villainement peché d'ingratitude
Ou par pitié que vous ayez admis
Dons, gratuitz et loyers repromis
Ou autres cas en leur similitude
[50] N'ayez jamais l'entendement si rude
Que n'esplorez dolentement voz yeulx
Ou autrement vous aurez pys que mieulx.
Et ne vous fault avoir les cueurs si mates
Que vous n'amez les divins carismates
Desquelz a fait de grace infusion
Quant il vous voit dancer sur belles nates
Et vous garde des infernaulx pennates
Qui vous feroient cheoir en confusion
Amez le donc, car sans abusion
À cueurs contrictz, confès et repentans
Il le rendra quant viendra l'heure et temps.
Pource qu'il est de vertus exemplaire
Pere eternel chascun luy doit complaire
Recongnoissant sa divine unité
Et se y mirer sagement pour luy plaire
En ostant ce que luy pourroit desplaire
Et desirant veoir sa conformité
Lors aux sainctz cieulx aura lieu limité
Et congnoistra par luy donner louenge
Quiconques ne fist ne fera d'ung loup ange.
Aminez vous ainsi que s'amina
[51] Le prophete qui à Dieu termina
Son oraison en disant ce verset
Treshumblement: Sitivit anima,
Et le surplus que bien determina
À son propos ainsi que chascun scet
Et si pechez avez ne six ne sept
Priez à Dieu que pour vous tant il face
Que à bien mirer sa grace les efface.
Puis en douleur et ardeur intrinseque
Considerans qu'il vous fault faire obseque
Ayez timeur et craincte pour le mieulx
Et de Jesus vous serez pedisque
Jusques lasus dedans son palais inesque
Tenez pitié tousjours devant voz yeulx
Justice aussi qui procede des cieulx
Vous chassera riguer et ses sequelles
Et vous aurez des joyes Dieu scet quelles.
Car l'apostre dit qu'en toute attrempance
Si la personne en son cueur bien y pense
Evitera la vie demonialle
Et gardera celle qui recompense
Qui de tout temps fuit orgueil et despence
[52] Vraye attrempance et parsimonialle
Ou en vivant sera simonialle
Par son labeur, vie, veille et vestement
S'elle s'endort trop deshonnestement.
Attrempement fault dormir et veiller,
Pareillement reposer, travailler
Et moderer abis en la vie prude
Par discipline, en silence et parler
Rire et galler, et douleur regaller
Parant rigueur avec mansuetude
Qui le fera la grant beatitude
Doit posseder ainsi que de raison
Quant ce viendra le temps et la saison.
Attrempez donc, belles filles honnestes,
Gloire de fais, de mouvemens et gestes
Affin qu'ayez là sus posicion
Ne faictes pas ainsi que font les bestes
Parez vous bien les corps, membres et testes
D'abis, de sens, en composicion
Et puis voyez par l'exposicion
Que dit sainct Paul, quant il dit: Omnia
Car de remede après mort point n'y a.
[53] Et de cueur net, en doulceur tresamer
Benignement vous fault justice amer
À celler fin que veritablement
Sa puissance vous puissez exclamer
Comme David le voulut reclamer
Par verité bien convenablement
Et s'ainsi est tresamyablement
Dieu sa grace sur vous emanera
Et en gloire vous remunerera.
Mais notez bien, mes gentes damoiselles,
Qu'amer devez justice de bons zelles
D'amour divine en observant sa loy
Et desirant les graces fraternelles
Ou autrement ne donrois deux groselles
Et fust pour vous orateur sainct Eloy
Car Dieu qui fist comme j'ay dit l'aloy
De ce miroir voit jusques au parfont
Des cueurs humains qu'ilz pensent et qu'ilz font
Dont ce pendant que vie vous est donnée
Obeissez par justice ordonnée
À voz majeurs, majeures et supremes
À voz pareilz par grace habandonnée
[54] En ne faisant chose desordonnée
À voz sujectz par chastimens extremes
Car si à droit vous ne fillez les tremes
Dont vous voulez trop mal ourdir et tistre
Vous acquerrez ung tresdampnable tiltre.
Mais tant y a que de cueur parfait
Le mal fuyez de pensée et de fait
Peché sera d'entour voz corps perscript
Et ne ferez aucun tort ou meffait
Que ne vouldriez à vous mesme estre fait
En ensuyvant la loy de Jesuchrist
Ou vous voyez ainsi qu'il est escript
Qui justice ayme et fait severité
Il plait à Dieu fort, car c'est verité.
Après vous fault par mon enhortement
Tous les matins bien et devotement
Aller ouyr la bonne grosse messe
Puis à pitié traveiller rondement
Servans à Dieu, car c'est le fondement
Des penitens comme ilz ont de promesse
Et si le corps fait tant pour son ame esse
Raison qu'il ait riens qui grace luy toult
[55] L'apostre dit que pitié vault à tout.
Aussi vous fault, mes mignonnes et dames,
Que vous priez sainctement pour les ames
Hantans sermons, cimitieres et temples
Et quant serez sur leurs dollentes lames
Arrousez les de voz esplourées larmes
Car il en vient de tresbelles exemples
Lesquelles10 sont manifestes et amples
Dont l'evangille amplement nous recite
Que le prier est honneste et licite.
Finablement finans inimitié
Fault consoler doulcement en pitié
Les povres gens, je le dis sciemment
Ce sont membres de Dieu par amitié
Desquelz l'apostre a dit mieulx la moitié
Quant ilz souffrent pour luy patiemment
Et lors verrez au miroir clerement
S'il est à droict devant voz yeulx posé
Foy, force et loy, dont il est composé.
Or voyez vous de quel metal est faicte
De ce miroir la lune bien parfaicte
[56] Ou les vertus la clarifient ensemble
Gardez la donc qu'elle ne soit deffaicte
Par faulx regars ou de pensée infaicte
Que d'entour vous la grace Dieu ne se emble
Ne faictes riens qui à peché resemble
Ou je suis seur que sans tant langaiger
À dampnement vous pourrez engaiger.
Suffise vous que peu travaillerez
Quant au mirer ung petit veillerez
Tendans voz cueurs au nect purifier
Mais autrement vous esmerveillerez
Si vous dormez quant vous resveillerez
Et que verrez voz cueurs putrefier
Et ne vous fault pas ung seul brin fier
Que Dieu vous donne en fol espoir povoir
D'avoir sa grace hors le devoir de voir.
L'acteur à son amy sur la tierce partie de ce present acte.
Trescher amy, tu as ouy mes ditz
Ausquelz tu vois que point je ne mesditz
Quant aux filles et bonnes simples femmes
Pour eviter les parolles infames
Leur ay monstré comment honnestement
[57] Doyvent avoir gloire en leur vestement
Puis regarder l'ardant miroir de grace
À celle fin qu'en lieu, temps et espace
Celles qui sont saiges et bien apprises
Jamais ne soyent des reprenans reprises.
Ores leur vueil ung peu determiner
À les armer pour mieulx les animer
Contre peché, lequel sans cesser erre
À leur faire tousjours mortelle guerre
Si saigement perscrutent bien mon texte
Sans le gloser follement je proteste
Qu'elles pourront par bien y mediter
Virillement peché suppediter
Tant que de luy et ses villains vassaulx
Eviteront leurs dampnables assaulx
Qui leur pourroient par folles mesprisons
Faire tenir infernalles prisons
Et comme plomb en la fournaise fondre
S'ilz se laissoient par ce moyen confondre.
Consideré donques que tu les ames
Et que as desir au salut de leurs ames
Je t'advertis que les faces armer
Contre peché pour mieulx le gendarmer
Si contre elles aucunement se lance
[58] Avec l'escu garny de faulce lance
Que icelluy fol leur ennemy mortel
Par leurs vertus le rendent à mort tel
Que à tout jamais comme villain infame
Sache que vault la vertu de la femme
Quant elle veult employer sens et mains
À descharner le bourreau des humains
Qui sans cesser ne tend à autre affaire
Fors que par mort mortellement deffaire
L'ame que Dieu sans macule crea
Lors que à la vie humaine recrea
Le corps qui fut soubz une couverture
Immunde et vil jusques à l'ouverture
Du sacrement de nostre mere saincte
De toute grace et de vertus ençaincte
Et s'elles font selon mon povre dire
De ce villain qu'elles peuent interdire
Eviteront les playes mortelles telles
Qu'on les dira les collombelles belles.
Quant bien sçauront leur affaire conduire
Impossible est que peché peust seduire
Ne divertir leur aguet à ses fins
Combien qu'il ait des moyens assez fins
[59] Enfans du dyable et de perdition
Adulateurs plains de sedition
Ce nonobstant si bien pour leur ame orent
Et ce que j'ay cy devant dit memorent
Verront tantost leur flaterie tarie
Et leur cautelle et tromperie perie.
Fais doncques tant que les filles qui viennent
En ce monde notent bien et retiennent
Qu'elles entrent en ung camp perilleux
Devant lequel gensdarmes merveilleux
Sont jour et nuyt aux aguetz et escoutes
Pour les avoir et les occire toutes
S'ilz ne gardent sagement leurs rampars
Qu'au tour du camp ont fait de toutes pars
Car en boys ont leurs musses et en busches
Où ilz ont mis merveilleuses embusches
Qui sont tous gens remplis de pillerie
Garnis par trop de faulce artillerie
Comme faulcons, canons et serpentines
Dont en enfer on commence matines
Pouldres, bouletz et autres munimens
Lourds cannoniers et mauvais garnimens
Subtilz et caulx et tresmalicieux
[60] Et avec ce le chef mal gracieux
Qui ne vouldroit saulver tantes ny oncles
S'il ne sentoit qu'ilz eussent bec et ongles
Tant est garny de destravéz souldars
D'espées trenchans, de lances et de dars
Picques, hespieux, javelines et fourches
Qui sont bastons estranges et farouches
Poignars, couteaux, rapieres et guisarmes
Lesquelz servent souventesfois aux armes
Hacquebuttes et bastons invasibles
Et oultre plus sont leurs guets invisibles
Qui ja d'elles ne seront descouvers
S'ilz n'ont à droict les yeulx des cueurs ouvers
Parquoy leur fault en grant soing regarder
Quelz gens ce sont affin d'elles garder
Et jour et nuyt se tenir sur leurs gardes
Tant que puissent vaincre leurs avantgardes
Ou autrement je doubte fort leur perte
Estre à chascun manifeste et aperte
Car ce sont gens de si malle façon
Qu'ilz ne prennent jamais dames à rançon
Pourtant leur est necessaire y pourveoir
Et jour et nuyt y estre armées pour veoir
Qui est le chef que contre elle se met
[61] À guerroyer Car la loy leur permet
Qu'elles se peuent encontre rebeller
Et par vertus toutes le debeller
Et pour autant qu'en ce piteux affaire
Passant pays je leur ay bien veu faire
Encontre elles leurs dampnables aproches
Pour eviter les susurrées reproches
Que peuent tousjours envyeux reprocher
Facent bon guet gardent les daprocher
Ou autrement, mon amy, je te jure
Qu'ilz leur pourront sans le guet faire injure
Et les auront se possible est d'emblée
Ou jour ou nuyt en confuse assemblée
Ou aura de sang si grant effusion
Qu'on ne vit onc telle confusion
Facent y donc ordonnance si meure
Que à la parfin l'honneur leur en demeure.
Aussi leur fault avoir honneur pour chef
À les garder d'infamye et meschef
Dedans leur camp, car c'est ung capitaine
Qui n'est pas bon à prendre sans mitaine
Mais au contraire est ung tresgrant seigneur
Saige, prudent, de vertus enseigneur
[62] Noble de sang, parent de Dieu bien proche
Qui oncques n'eut des maldisans reproche
Filz naturel de dame charité
Nepveu de foy, germain de verité
Pere d'amour, disciple de science
Ayeul d'humblesse, oncle de patience
Lequel est bien pour toutes les deffendre
Encontre ceulx qui les vouldroient offendre
Et les garder si tressoigneusement
Que ne mourront ja vergoigneusement
Car il congnoist leurs ennemys mortelz
Malicieux, cauteleux qui sont telz
Qui ne quierent vers elles achoison
Fors les avoir par mort et trahison
Parquoy te dis que s'ilz laissent honneur
Incontinent les delairra bon heur
Et plus n'auront povoir, sçavoir, navoir
Na tout jamais ne les sçauront ravoir
Dont s'ilz me croyent, honneur assistera
Dedans leur camp, car il resistera
À leurs assaulx, cources, guetz et saillies
Et gardera s'elles sont assaillies
Qu'en le servant ja ne sçauront tomber
Entre ennemy qui les sceust succumber
[63] S'elles s'arment de ses armes d'enfance
Dont il s'arme tousjours pour sa deffence
Et moins le faix d'icelles qu'auront prins
Les grevera quant bien l'auront apris
Après qu'auront acoustumé le train
Peu leur sera de coucher sur l'estrain
Soubz pavillon ou soubz petit auvent
Ou pirement à la pluye et au vent
Ou sur la terre ainsi que les gensdarmes
Font bien souvent quant ilz vacquent aux armes
Dont il leur fault estre bien adverties
Pour eviter que ne soient diverties
Car sans cela ne fault q'un meschant coup
Qui au besoing les greveroit beaucoup
Et ne fault pas que par trop s'esmerveillent
Si nuyt et jour traveillent fort et veillent
À faire guet sans courage changer
Pour obvier à trop plus grant danger
Qu'au camp gesir, car je te certiffie
Que honneur dehors qui pechez purifie
N'auront jamais quoy que le compte compte
En fin si je ne me mescompte que honte.
[64] L'acteur tendant au droit salut des dames
Recongnoissant l'art des faulx esperitz
Leur monstre à plain à bien porter les armes
Pour eviter leurs dangereux perilz.
Pucellettes du camp delicieux
Qui pretendez d'acquerir gloire aux cieulx
Armez voz corps, toutes de pied en cap
Pour resister à ces gens vicieux
Malicieux, faulx et sedicieux
Car ilz ont guet pour vous avoir par rap
Furtivement.
Ilz ont entrepris
Qu'en vostre pourpris
Feront une prise
S'ilz ne sont près pris
Ou qu'ilz soient surpris
D'infame reprise
Mais leur entreprise
Que petit on prise
Est de si vil pris
Quant elle est aprise
Chascun la desprise
[65] Dont seront repris
Dollans et deceuz.
Prenez l'armet de pureté
Baniere de sobrieté
Le carcan d'asseure vouloir
La cuirasse de verité
Fodes de magnanimité
Vous n'en pourrez que mieulx valloir
Puis ayez pour faire devoir
Haulte piece d'humilité
Les gardebras d'honnesteté
Gantelletz de prudent sçavoir
Et les cuissotz de chasteté
Les greves de fidelité
Les solleretz d'habilité
On ne vous pourra decevoir
Je vous asseur.
Et autrement je doubte sans ces armes
Qu'ilz vous feront si merveilleux alarmes
Que n'en pourrez avoir que deshonneur
Car ce sont gens de grans bruitz et vacarmes
Mais ce pendant que ventz sont bas et carmes
[66] Mettez voz corps soubz le guydon d'honneur
Vous ferez bien.
Pendant qu'estes jeunes
Faictes abstinence
Aulmosnes et jeusnes
Par grant continence
Et s'aucun s'avance
Pour vous laidanger
De perseverance
Vous pourrez vanger
Sans y faillir.
Prenez une lance
Ferrée de constance
Avecques l'estoc
D'acier de prudence
Et par evidence
Porterez le choc
À la rencontre.
À les recevoir
Mais que m'entendez
[67] Pour les decevoir
Lors appercevoir
Pourrez ung tandis
Leurs caulx intendis
Tresmalicieux.
Et si suyvez les fultis estandars
D'honneur qui a des amis et tant d'ars
Homme vivant tant ait la chere baulde
Ne vous sçaura de viretons ne dars
Par le moyen de pietons ou souldars
Tant seullement faire une picquenaulde
Ne vous blesser.
Quant presterez l'oeil
À sollicitude
Vous verrez orgueil
Et ingratitude
Qui par faulx acueil
En similitude
Quiert vostre recueil
Regardez y bien.
Ce trahistre paillard
[68] Orgueil faulx infame
Comme la paille ard
Le cueur de la femme
Quant renom et fame
Sont entre ses mains
Car il la11 diffame
Entre les humains
Tresvillainement.
Et a ses apas
Qui ne sçavez pas
Qui de leur contraire
Vous veullent attraire
Par sedicion
À perdicion
De voz povres ames.
Puis oultrecuydance
Et protervité
Avec arrogance
Tiennent gravité
Qui mainent la dance
Par suavité
En la despendance
[69] De grant pravité
Mais humilité
Et benignité
Vous ferons secours
Quant par verité
Aurez merité
D'evader ce cours
Il est certain
Subtilitéz
Habilitéz
Et moyens trop ingenieux
Jolivetéz
Nouvelletéz
Humbles salutz et regardz gracieux
Doulx entretien, parler audacieux
Plaisirs courtois, petis motz affectéz
Et ce que plus au monde souhaitez
Sont de grant pris, mais la raison vault mieulx
Laissez les là.
Notez ceste note
Si soigneusement
Que l'on ne vous note
Vergoigneusement
[70] Amoureusement
À la belle amye
Trespiteusement
Note d'infamie
Entendez y bien.
Et sagement il vous fault bien aprendre
Qu'en vostre camp ont vouloir d'aller prendre
Une dame qui s'appelle beaulté
Laquelle ainsi comme je puis comprendre
Ne se sçauroit preserver de mesprendre
Car en elle a bien peu de loyaulté
C'est leur querelle.
Mais bien sçavez
Que vous avez
Virginité
Honnesteté
Et chasteté
Trois dames de si hault parage
Qui bien vous garderont par aage
Si fuyez ces infames femmes
Et vous feront les dames d'ames
N'en doubtez point.
[71] En vous gardant d'avarice la lisse
Qui fait le guet par sur une pallisse
Où elle a mis voulunté sa poupine
Desordonnée par cautelle et malice
Deliberée que si passez leur lice
Vous demourrez subgecte à rapine
Infame vice.
Si conscience
À patience
Lors ne s'accorde
Avec science
Leur inscience
Vous fera merveilleux desorde
Car je recorde
Qu'ilz ont la corde
Pour estacher ces destravéz avers
Dont au combat on fait viande à vers
Et toute ordure.
Mais si vostre oeil intrinseque apperçoit
Leur subtil guet qui les autres deçoit
Et qui les fiert trop d'estoc et de taille
Le preux honneur qui les vertus reçoit
[72] Si leurs folleurs adoncques il conçoit
Vous gardera de leur livrer bataille
Ne vous combatre.
Ne faictes pas voz luysans regardz gars
Mais voyez bien si par mes ditz mesditz
Car il ne fault q'ung de ces bragars gars
Pour nous faire sur paradis aditz
Qui ne furent du temps jadis ja ditz
Pour vous bailler ung tel coup de traict trait
Qu'oncques vostre oeil n'eut tel atraict atrait
Car envye tient
Et entretient
Lorde laidure
Qui la soubstient
Et la maintient
En toute ordure
Puis elle endure
L'infame inceste
Trop deshonneste
Qui quiert sur voz rampars gravir
Par trahison pour vous ravir
[73] Et decevoir.
O la faulce envye
Qui jamais en vie
À jeunes et vieulx
Qui sont envyeux
Ne fut assouvye
De faire des maulx.
O le dampné vice
Qui de son malheur
En tout son service
N'a quelque couleur
D'excusacion.
Las je vous dis cent mille fois helas
Pucellettes qui estes à soulas
En vostre camp sur la belle verdure
Gardez vous bien d'estre prises es laz
Où sont les cueurs souvent faschéz et las
Car grant plaisir en ce camp petit dure
Toute douleur
[74] Peine et malheur
Dueil et courroux
Guerre et rancueur
Travail de cueur
Sont près de vous
Louves et loups
Folles et foulz
Vous veuillent faire mille alarmes
Mais gardez leurs dangereux coups
Que les yeulx ne fondent en larmes
Je vous en pry.
Si ne vous laissez
De leurs motz lassez
Subtilz, fins et faulx
En voz jours cassez
Aurez plus que assez
De doloreux maulx
Car ilz sont si caulx
Qu'au pays de caulx
Pour filles et femmes
N'y à telz badaulx
Busars ne lourdaulx
À les faire infames
[75] Et villipender.
Ces motz fardez
Entrelardez
Qui peuent diffamer la personne
Gardez gardez
Et regardez
À la fin, car elle couronne
Qui la desservy.
Si doulx parler à la parolle sade
Vient devers vous pour vous faire ambassade
Vous requerant paix par fainctes approches
Incontinent donnez luy lespoussade
Et gardez bien que ne facez cassade
Car à la fin ce ne sont que reproches
Trop deshonnestes.
Les ditz laidiz de toute ordure dure
Par leur parleur font soubz auvent au vent
À femme fame à qui laidure dure
Plus que heur à cueur qui sa joye souvent vend
En deffaulx faulx, car tout son contend tend
En ville vile, où en champs ouvers vers
[76] Trahir gens gentz par motz pervers par vers
Pour les avoir.
Et notez ce point
Que si l'on vous point
De triefve estourdie
Si n'est bien à point
Ne le faictes point
Que honneur ne le die
Ou Dieu me mauldie
Si tel cas laissez advenir
Tousjours aurez le souvenir
Au povre cueur.
Aussi ce sont toutes illusions
Abusions
Derrisions
Et fort renfort de la guerre par triefves
Dont à la fin viennent confusions
Occisions
Et visions
De cautelles deshonnestes et griefves
Aux octroyans.
[77] Mille petis dons
Par ces aplicans
On a plus picans
Que poignans chardons
Rubis et cordons
Ceintures et bagues
Servent de guydons
D'espées et bourdons
De couteaux et dagues
À ceulx qui font bragues
Près de vous pour paix avoir, mais
Pour Dieu, n'y consentez jamais,
Mes pucellettes.
Gardez ce que Dieu
Et dame nature
Ont mis ou meillieu
Soubz vostre ceinture
Où gist par droicture
Liberal arbitre
S'en faictes fracture
À plate cousture
Perdez ung beau tiltre
Et grant previlege.
[78] Allez, courez, traveillez et veillez
Puis sa puis là, tenez vous sur voz gardes
Faictes bon guet, escoutez, oreillez
Par tout le camp et sur voz avantgardes
Mettez, ostez lances, escuz et bardes
Pietons, pions, adventuriers, soubdars
Faulcons, canons, basilicz et bombardes
Suyvans tousjours d'honneur les estandars
Tenez leur bon s'ilz vous livrent assault
Car je suis seur que à deux pas et ung sault
Celluy qui sçait que vallent leurs façons
Vous mandera quelque gentil vassault
Qui les fera plus petis q'ung marsault
Qui chascun jour va servir les masçons
En grant travail.
Combien qu'ilz ont une aultre grosse bande
Qui contre vous souventesfois desbande
Leur gloutonnie
Glote et honnye
Avec yvresse
Qui trop cherie
A lescherie
Hayne et paresse
[79] Ire qui dresse
Une piece d'artillerie
Soubz la tente de flaterie
Pour vous faire quelque finesse
Mais vous avez dame sobresse
Qui par gentilesse
Avec hardiesse
Peult averer leur tromperie
Si vous voulez.
Dames de ames en bien regentes gentes
Voyez, oyez les esperitz periz
Subtilz soubz tilz, cerchans voz lentes lentes
Parfais par faitz, tout desperis perilz
En voz laz las, plus que paris par ris
N'eut onc dueil d'oeil de tes trois dives dives
Dont urgens gens, ont les avives vives
Jusques au mourir.
Fuyez telz attraiz
Qui sont tous extraiz
D'infames parleurs
De vertus distraiz
De vices portraiz
[80] Soubz faintes couleurs
Car toutes douleurs
D'estrauréz malheurs
Viennent de leurs faiz
Tant ilz sont infaiz
Et abhominables.
Et gardez bien que par detraction
Vous ne facez si folle fraction
De vostre foy que ne perdez honneur
Et que n'ayez pour benediction
Derrision et malediction
Et pour honneur infame deshonneur
Car il s'ensuyt.
Orgueil fait devoir
De vous decevoir
S'humblesse ne blesse
Son mauvais vouloir.
Avarice y tend
Qui pas ne pretend
Avoir ses laz las
Ainsi qu'elle entend.
[81] Mais quoy suffisance
Luy fera nuysance
D'appetis petis
Par meure prudence.
De lorde poison
Fuyez la toison
Car lordure dure
Plus que de raison.
Mettez chasteté
Et honnesteté
Qui regarde et garde
Vostre pureté.
Aussi par moyen
Si l'entendez bien
Pourrez dire de ire
Qu'elle ne vault rien.
Lors que patience
Fera par science
Le devoir d'avoir
Ferme conscience.
[82] Et tant qu'arez vie
Delaissez envye
Fuyez ses plaintz plains
De ce qui desvie.
Si misericorde
Amour et concorde
Mettez après près
Vous fuyrez discorde.
Gardez gloutonnie
Que ne vous manye
Car l'infame femme
Est salle et honnye.
Et si bien errez
Sobresse verrez
Au contraire traire
Las que trouverez.
Evitez paresse
Tant qu'il apparoisse
Travaillez veillez
Que Dieu le congnoisse.
[83] Prenez diligence
Fuyez negligence
De son effort fort
Aurez allegeance.
Et en ce camp soubz pavillions et tentes
Vous trouverrez joyeuses et contentes
Si tenez bon considerans qu'en ce
Aurez d'honneur trop meilleures attentes
Que d'escouter leurs dampnables ententes
Dont il ne vient que infame consequence
Et deshonneur.
Flateurs, vanteurs, menteurs, pipeurs, trompeurs
Fins folz bien faiz traistres caulx faulx et baulx
Brigans, fringans et arrogans pompeurs
Acharnez nez en noises et desbaulx
Vifz, vilz et ords plus lubres que ribaulx
À veoir, avoir veullent en voz parcs partz
Quant voient voz corps sur voz rampars espars
Entendez y.
Fuyez leurs accès
Banquetz et excès
[84] Et vous gardez bien
Jusques au decès
Que n'ayez procès
Car il ne vault rien
Il n'y a nul bien
Grace ne moyen
Qui vous donne gaigne
Si l'on vous engaigne
De telz folz abuz.
Quaquetz, convys, dances et assemblées
Veuz sans adveuz, jeuz sur eschafaulx haulx
Marches marchez, et compaignies emblées
Font perte à perte, en gens et deffaulx faulx
Gaieux, gours, galans refroidez trescaux caulx
Donneurs d'honneurs, ont fallace tapie
Par lourdz tambours on deçoit bien la pye
Et cetera.
De parlamenter
Pourriez lamenter
Apprester l'oreille
Laissez le hanter
Qui vous peult tempter
Je le vous conseille
[85] Et pour la pareille
Si l'on s'appareille
À vous faire alarmes
Courez à voz armes
Tout incontinent.
Et n'oubliez pas
De tenir le pas
Qui vous assauldra
Car à voz trespas
En lieu de repas
Dieu le vous vauldra
Quant il adviendra
Il luy souviendra
De vostre victoire
Et aurez sa gloire
Que vous pretendez.
Car ce moyen mes mignonnettes nettes
À vous armer fault bien apprendre et prendre
Cueur, force, et sens d'armes parfaictes faictes
Pour ces paillars, par terre espandre et pandre
Quant vous vouldront en riens offendre fandre
Brisez, cassez et martirez tirez
[86] Si vous voulez mes motz entendre et tendre
En paradis que desirez irez.
Gardez le camp tant soit il sec ou vert
Vers ces paillardz qui ont l'oeil trop ouvert
Je vous en pry dames que le parler
Des maldisans n'en volle point par l'aer
Et je suis seur qu'au pas subtilité
Verrez comment elle passe utilité
Jaçoit qu'aucun qui ne pourroit estre ange
Le vous dira d'autre façon estrange
Laquelle après vous pourrez exposer
Adonc qu'au cueur vouldrez les yeulx poser
Regardez y ou mal aurez pour voir
Sans le regard et faulte d'y pourvoir.
L'excusation de l'acteur envers les dames
Vous suppliant que si je vous ay dit
Chose que honneur n'ait mis en son edit
Tant aux abis qu'au miroir et aux armes
Vous n'espandez voz doloreuses larmes
Et pardonnez à ma simplicité
Car je l'ay fait comme simple incité
D'ung amy mien audacieux vouloir
Qui pour monstrer d'ennuy et nonchalloir
[87] M'a provocqué sans y donner ung tiltre
De nom et los à le bastir et tistre
Jaçoit ce que j'aye assez mal tyssu
Le sien ourdir que de luy est yssu
Ce neantmoins par ung petit tandis
Le patroillé mille cinq cens et dix
En ung bas lieu qu'on appelle La Frete
En Daulphiné non sans peine et souffrete
Qui ne m'advint adonc pas sciemment
Et l'endure bien et patiemment
Aussi firent maintz tenans leurs mesnages
Qui me disoient n'avoir veu jamais nages
Si grant que à lors ne de telle durée
Froidure dure ne si bien endurée
Me consolans par leur donner entendre
Qu'il vient à temps le bien qu'on peult attendre
Par bon espoir ce que creuz, car j'entens
Que après la pluye advient tousjours beau temps
Si j'ay souffert j'espere après offrir
L'ame à celluy qui m'a laissé souffrir
Vous suppliant que si dedans lisez
Le mal laissez et le bien eslisez
Car si mal a ne se doit eriger
Mais s'il vous plaist le vueillez corriger
Quant est du bien par qui Dieu l'ame herite
[88] C'est à luy seul la gloire et le merite
Non à autre, veu que les terriens
Ne peuent jamais sans sa grace avoir riens
Si luy requiers treshumblement qu'il face
Que bien mirez l'ardant miroir de grace.
L'acteur à son amy.
À tout le moins, j'ay passé temps à prendre
Plume, papier et ancre pour apprendre
À te donner par ces escriptz qu'on pense
Une responce en ton rescript comprise
Car d'icelluy n'ay mes appetis traiz
Mais voulentiers ensuys à petis traiz
Le tien escript, non pas pour acquerir
Gloire ne los qui trop couste à querir
Quant je congnois ma rudesse d'escrire
Ce qu'on pourroit plus doulcement descrire
Et que ma plume en sa grosseur m'est lourde
Qui par son vol souventesfois m'eslourde
Ce neantmoins plume sert à busars
Plus que à trompeur ne font en abuz ars
Et vault trop mieulx mettre la plume au vent
Que hors la saison soy mucer soubz auvent
Gectant icelle à qui l'art de servir
Doit en servant bon loyer desservir
Car au jourd'huy plus sert la plume aprise
[89] Que hache trenchant en main d'armes aprise
Non pas à moy suppose que j'ensuis
Cellui qui dit à ce beau jeu, j'en suis
Mais toutesfois qui peche une able en mer
S'il a petit, il n'est pas à blasmer
Quant il n'auroit tout au long de l'an proye
Ce luy vault mieulx que tardive lamproye
Combien que quant auroit peché de truite
Si n'en seroit la mer pource destruicte
À ce regard, veu ce que tu m'escriptz
Je te requiers escoute bien mes crys
Qui ont en l'air dueil et grief acoupleurs
D'ennuys qui font à mes yeulx acoup pleurs
Enfardeléz de pensemens divers
Plus assorbis que les froiz jours d'yvers
En incitant le vouloir desireux
D'estre chassé du travail des ireux
Et convocant l'art des bons esperitz
Qui en sçavoir sont bien dotz et peritz
Pour anuller mes execrables deulz
À concevoir les ditz excellens deulx
Et employer ma povre non sçavance
Où gentil cueur pour avoir nom se avance
Combien qu'engin j'ay comme le corps rompt
Qui bien souvent la science corrompt
[90] Ce neantmoins j'estime que le saige
Doit regarder que l'homme qui laisse aage
Où gist la fleur de sçavoir et de sens
Ne peult avoir ditz ne faiz si decens
Que aage moyen succedant à vieillesse
Qui voit par droit tout ce que le vieil laisse
Quant en jeunesse a pris commencement
Ou bon sçavoir qui le commence ment
Aussi tu scez qui de vieillesse a pris
L'art de sçavoir qui a jeunesse appris
Et avec sens thesaurise ses ars
Plus que les faitz des empereurs Cesars
Pensant quant vient l'infame decrepité
Qui pas ne vault par loy ne decret pité
Furtivement prent sens, engin et force
Quoy que nature puissance efforce
Et rend le corps sompnolant et massif
Roide et rude, plus que n'est en masse yf
Qui contre tous en sa vertus parforce
Que archer ne la par engin ne par force
Quoy que le vueille a bon moyen ployer
On ne le peult sans esmoy employer
À convertir le povoir au vouloir
Faisant vouloir par le povoir valloir
Car quant la force à subtil engin fault
[91] À peine a sens toute l'art que luy fault
Parquoy pensant que pour cela tendons
À povreté quant icelle attendons
Sans y pourvoir, usant temps et les ans
Es jours plaisans comme folz et lesans
À lors qu'amour des bons separe ceulx
Qui ont trop fort semble ces paresseux
Non estimans charité charitable
Es derniers jours leur vouloir charir table
Ne faire bien, dont l'homme d'esperit
Voyant annuyt cil qui de ce perit
Tend s'emplumer pour se garder es froiz
D'avoir après si dangereux effroiz
Car qui ne s'arme encontre la froidure
Il a tousjours froit, tant que le froit dure
Et qui de temps ne pourvoit a ses cas
En sa bource a des fons plus que assez cas
Ce qui forment desespoir fait avoir
À gens de cueur envieilliz sans avoir
Et dont souvent perdent raison et sens
Comme gens mors, combien qu'ilz sont essens
C'est à dire qu'en manifeste essence
Perdent le cueur qui mainfait et sans ce
Raison ne veult ne consent que ame herite
Les biens mondaines que l'on n'a que a merite
[92] Parquoy te dis par raison apparent
Que Dieu qu'on tient à pere et à parent
Ses biens haultains ne permet d'estre acquis
Qui voye oblique à sa main dextre a quis
Et qui ne fait tout le mal qui lamord
En son vivant pour vivre après la mort
Sans separer bon penser de l'effaict
Continuant le bien conme il est fait
Tout son vivant autrement c'est folleur
Dont il ne vient a la fin que fol heur
Parquoy j'ay dit qu'au principe du jour
Fille doit prendre en vertus le sejour
Sans delaisser, car si par action
Elle en faisoit la separation
Il n'y a corps, membre, cueur, chef ne face
Que le peché mortellement n'efface
Pourtant ait l'oeil à garder ses abis
Que à tout jamais ne change blanc à bis
Ayant tousjours pour victoire et deffence
Tous ses bastons et son harnois d'enfance
Dont cy devant en pourra veoir l'extraict
Que j'ay par soing en ce mesme lieu traict
Car s'unefois de vieillesse a le son
Sans ce qu'elle ait apris ceste leçon
Il s'ensuyra ce que s'ensuyt en vieulx
[93] Qui de jeunesse a lors sont envyeux
Et s'en ira sans cesser regretant
Ses jeunes ans, dont aura regretz tant
Que impossible seroit de faire riens
Parquoy l'on vit qu'elle eust les yeulx rians
Tant baigneront ses pupilles en larmes12
Considerant ses merveilleux alarmes
Combien que a femme mal luy siet se parer
De regretz, mais quant se voit separer
D'ans et vertus et qu'elle scet de voir
Qu'en son jeune aage a mal fait son devoir
Lors desespoir qui tant fiert de coups vers
Mortellement à bastons descouvers
Frappe dessus et monstre qui soubz pire
N'est cueur dolent que lamante et souspire
Puis du remede on ne sçauroit refondre
Les vieilles gens qu'on voit grant erre fondre
Pour rajeunir impossible seroit
Car à la fonte ung pot se y blesseroit
Dont je concludz que pour venir au point
À temps perdu de remede13 n'a point
Parquoy la fille en son premier exorde
Pour tout regir doit faire a ses yeulx orde
Chassant peché, disans, fuyez et gare
À celle fin que le corps ne s'esgare
[94] Et en vertus ne doit faire que ouvrer
Car temps perdu ne se peult recouvrer
Quoy qu'on requiere et supplie prou ce pere
Qui en gloire sur les humains prospere.
L'excusation de l'acteur à son amy.
Esmerveillé de la trop grant et petite charge que tu as daigné
donner à moy, pusilanime, gros et rural, insuffisant et non capable,
le Riche de povreté, le moindre des autres et le tien touteffois treshumble
serviteur, attendu que assez tu congnois la possibilité de
ma povre bestialité, neantmoins presumant que le vouloir soit trop
plus grant que icelle charge et que assez tu scez la capacité de mon
nom ingenieux art n'estre suffisant à subtilizer le tien ardu, subtil
et dot memoire que m'as transmis en me donnant consolation
pour le desir que j'ay tousjours eu d'estre de toy reputé povre et
petit serviteur, comment as tu osé desployer tes tresors habondans
de grace pour cuyder emplir ung vieil vaissel caduque et felle qui
jamais ne peult de toy retenir que extreme joye, qui par folleur
temeraire mon lourt et pesant esperit vainement fait voller [95]
si hault que je le doubte tomber es latrines spelunqueuses de presumption,
si dame Humilité ne fait caller et remettre les esles du
second Dedalle en infallible confusion par les ventz zephiriques et
amoureux procedans des parties orientales au flatz de constance
et de prudence, desquelles ay souvent ouy et peu retenu de leurs
doctrines palladines par frequant assidu hantir en ruminant jour et
nuyt leurs genereuses14 et prepolantes persuasions, pensant remplir
le corps du vaissel vuide qui attend replexion de leurs liquoreuses15
ameues et melliflues sciences, pour non seullement satiffaire à ton
vouloir, mais par esperit comprehensible donner aux dames et lisans
en leur prenonciation l'execution de ma grosse et rude plume
non acomplie du tout selon la teneur de ton rescript, te regraciant
de l'honneur que m'as presté tresaffectueusement de ta grace caratherée
ou journal de ton minerve cueur quant as daigné presumer
homme d'une beste et faire extime d'ung corps non extimé, qui
jamais ne merita los avoir, grace recevoir ne non obtenir et qui
à droict peulx par comparaison estre16 appellé arbre renversé, sec
et descouvert, lequel pour fleur et fruictz porte poulz, lentes et
pulses, et qui, contrariant aux [96] autres rendant fruitz odorant
par suavité, est plain et involu d'abhominable feteur. Mais c'est
à tel arbre tel fruit, ainsi que dit l'evangeliste: Non potest arbor
mala bonos fructus facere nec arbor bona malos fructus. À ceste
cause, mon bon seigneur et amy, tu pourras avoir consideracion à
l'aage, au sens et à l'exil malheureux, et en la mer perilleuse où tu
scez que suis à present subgect à la mercy des fatalles, ayant record
de Iob qui dit: Hoc est folium quod vento rapitur, et stipula que
a sole siccatur. Et par ce verras que de tel arbre ne peult proceder
mondifié fruict en odeur delectable; parquoy pourras clerement entendre
mes inutilitéz fragiles et mes fragilitéz inutiles, supliant aux
oeuvres naturelles et à l'inconvenance des racines, corps, branches
et sive de l'arbre que ne peult autre fruit porter sans le povoir
du souverain imperateur, lequel supplie treshumblement te donner
non seulement fuilles et fleurs, mais fruict de vie perpetuelle en son
felicieux jardin, lasus en sa gloire eternelle. Amen.
Cy fine Le miroir ardant de grace, lequel a esté achevé d'imprimer
le XXe jour de septembre mil cinq cens et vingt.
- 1
- Sono usati solo quattro segni di punteggiatura:
una barra obliqua / con funzione simile alla nostra virgola; un punto + piuttosto somigliante a una stella per segnare la fine di un paragrafo, di una strofa o di un titoletto, e all'interno di un paragrafo spesso con funzione simile al nostro punto fermo, ma in modo incorente; una doppia barra obliqua // (spesso assente) per segnalare la
divisione della parola in fine di riga; una C maiuscola tagliata da una linea verticale a indicare l'inizio di un paragrafo, di una strofa o di un titoletto.
- 2
- Lettere o cifre stampate in basso a destra sui fogli per riconoscerne l'ordine nel momento di riunirli e formarne un volume.
- 3
- Ecco l'elenco delle segnature con le pagine in cui compaiono:[3] a ii;
[5] a iii;
[17] b i;
[19] b ii;
[21] b iii;
[33] c i;
[35] c ii;
[37] c iii;
[49] d i;
[51] d ii;
[53] d iii;
[65] e i;
[67] e ii;
[69] e iii;
[81] f i;
[83] f ii;
[85] f iii.
- 4
- soncieuse A
- 5
- les les A
- 6
- iemporelles A
- 7
- sainctcment A
- 8
- malcdiction A
- 9
- espcritz A
- 10
- Lesqnelles A
- 11
- il a la A
- 12
- lames A
- 13
- remde A
- 14
- generuses A
- 15
- liquoureses A
- 16
- om. A
Ce document a été traduit de LATEX par HEVEA (avec un peu d'aide...)